Melancolia Stigmata
J’ai toujours eu ce goût pour le clair-obscur, toujours très sensible au noir et blanc. Lorsque j’observe une image, je la scrute fortement en y contemplant les infimes détails, les formes représentées, la composition, la lumière ; l’analyse d’une image est pour moi, tellement complexe que s’il fallait en plus de cela qu’elle soit en couleur, mes yeux prendraient feu cause de surcharge. En pleine journée, il y a vraiment beaucoup trop de couleurs, ça fout un mal de crâne terrible à observer un lieu inondé de gammes colorées. C’est pourquoi, j’ai toujours opté pour la simplicité de la nuit – une étanche masse noire avec quelques échantillons de couleurs qui tentent avec mal, de perforer ce brouillard noir. Pendant une longue période de ma vie, des égarements nocturnes ont commencé à être très fréquents ; de longues marches intensives afin d’apaiser mes insomnies, à libérer une certaine tension qui m’habitait depuis peu ou parfois même, à tranquilliser une frustration après un visionnage de film ou la lecture d’un roman, qui vous ont précédemment détruit le moral de part la maîtrise adoptée et employée par l’auteur. J’avais toujours eu en ma possession un petit appareil numérique, si petit qu’il pouvait se glisser sans aucun mal dans mes poches. Je ne m’en suis jamais séparé. Pendant deux ans et demi, trois ans, j’ai photographié des traces de mes errances, des photos comme un carnet de bord, des photos prises sans aucune habilité, ni maîtrise. Une bouteille brisée gisant sur le sol, un graffiti sur le mur, un inconnu en sens inverse, une ombre, mon propre corps…, tout était élément à prendre ; des éléments issus d’un monde englouti et dominé par le doute perceptible et l’annulation de repères temporels. Melancolia stigmata est né de cette expérience. Lors de la découverte de la pierre noire et de son utilisation, jamais un noir comme le sien ne m’avait subjugué à ce point, au niveau de sa matière, son grain et sa densité comparable à une lithographie. Je dessinais parfois juste dans le but de pouvoir remplir les zones noires, qui représentaient quelquefois, les deux tiers de la surface du dessin. Je travaillais avec ténacité et fougue, les jambes et pieds noircis par la poudre noire qui se propageait à chacun de mes souffles. Une nouvelle rigueur et folie retrouvées dans l’acte de dessiner. Me vient alors à l’esprit, le souvenir cocasse de David Liaudet qui répliqua, en me voyant livré à la paresse, une de ses phrases favorites – en mémoire à Louis Pons – : « Excusez-moi, j’ai cinq mille dessins qui m’attendent… ». Mathieu Dufois |
||