La chambre

Châtelet est la station de métro qui j’affectionne le plus car elle me donne directement accès aux lieux que je fréquente le plus durant un séjour parisien. Ces lieux en sont devenus des lieux incontournables dans mon programme touristique : les deux petites boutiques de ventes de DVD, situées tout juste à côté du Centre Pompidou. La particularité de ce genre de boutique, est que l’on trouve grand nombre de collections de vieux films, neufs et à bas prix, sur lesquels on peut lire sur le boîtier, « remasterisation numérique » – qui cependant diffusent toujours, une mauvaise qualité d’image. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils ne valent rien au niveau prix. Ce qui est pour moi d’autant plus intéressant : quelle joie de pouvoir découvrir les Roger Corman avec le véritable filtre granuleux de la pellicule rongée par le temps, ainsi que l’unique teinte des films en noir et blanc, une teinte proche du verdâtre. Ce sont ces lieux d’achat et de découverte qui agrandissent ma sensibilité et qui font chuter mes faibles économies. Je comprends ainsi le gosse indécis, en larmes, face aux choix des nombreux articles d’un catalogue de noël. Je compatis.
J’ai pu ainsi me procurer en ces lieux, des Stanley Donen, des Howard Hawks, quelques Keaton et surtout certains Preminger.

Otto Preminger était l’un des cinéastes qui excitait le plus ma curiosité – que ce soit à travers des lectures d’articles cinématographiques ou bien des conseils d’amis. Je me suis donc procuré, un de ses films le plus controversé, à savoir L’homme au bras d’or, réalisé en 1955 avec comme interprètes Frank Sinatra et Kim Novak. Le film évoque la sortie d’un homme ayant passait six mois dans un hôpital de désintoxication qui, au fil du temps, s’aperçoit qu’il ne peut se passer de drogue et finit par plonger de nouveau dans la dépendance... Sa déchéance s’amplifie progressivement en cours du film, amenant ainsi le dernier quart d’heure du film dans une montée fulgurante de violence : la douleur est si insoutenable pour lui, qu’il décide avec l’aide de son amie, de s’isoler seul dans sa chambre barricadée de l’extérieur. La scène qui s’ensuit est celle qui m’a servi à réaliser mon animation. Nous assistons à la souffrance et la démence du personnage voulant à tout prix regagner l’extérieur, afin de trouver sa came et d’apaiser sa rage.

Il y a eu trois temps dans la réalisation de ma pièce.
D’abord, la construction d’une maquette représentant la chambre où s’isole Sinatra. Tous les éléments du lieu sont réalisés en papier puis dessinés Aucun autre matériau ne figure dans le volume.
Ensuite, la réalisation de 98 dessins afin d’animer le personnage. Dans cette série de dessins, j’ai souhaité représenter uniquement son corps, laissant apparaître une masse corporelle au centre d’une feuille blanche.
Enfin, l’animation projetée directement contre la maquette. Une fois le corps de Sinatra fondu dans le décor, j’enregistre avec ma caméra les résultats de l’unification : les déformations d’un corps quasi-spectral, heurtant les éléments 3D de la chambre.

Mathieu Dufois