////////////////////////// Mathieu Dufois
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Novo 09.
 
Couverture Novo 09    Interview Mathieu Dufois Novo 09

Arrêts sur mirages

Lauréat du prix de la jeune création de Mulhouse 008, Mathieu Dufois a passé son adolescence à décortiquer des films télécommande à la main.

Depuis, l’image cinématographique lui inspire des milliers de dessins qui se retrouvent à leur tour dans ses films. Pour Novo, il pose son crayon et sa caméra le temps de répondre à quelques questions.

1 – Un mot pour définir ton travail ?
Vestiges.

2 – Pourquoi le dessin plutôt que la photo ?
Lorsque je scrute une image photographique, il me faut avoir des révélations en décelant des choses enfouies et implicites. La pointe du crayon est l’outil qui me permet de mieux creuser et de dépasser la limite d’analyse et de perception de l’œil.

3 – A quoi penses-tu le plus souvent en dessinant ?
A tout sauf à ce que je suis en train de faire.

4 – Ce qui t’inspire ? Ce qui te laisse de marbre ?
La matérialité d’un objet rongé par le temps / Un I-Pad.

5 – D’où vient ta fascination pour le cinéma américain des années 50-60 ?
Tout à commencé grâce à Monsieur Jean-Pierre Dionnet et son « Cinéma de Quartier », qu’il présentait sur Canal+ en programmant des vieux films de Cinéma Bis. A travers le visionnage de ces films de tous les genres possibles, Dionnet m’a contaminé de sa dévotion pour le cinéma ; il m’a transmis cette sensibilité de l’image et m’a fait subir des états émotionnels dont je ne soupçonnais pas l’existence (je n’avais alors que 12 ans). Dès lors je me suis mis à découvrir quelques segments de l’histoire du cinéma dont l’œuvre d’Hitchcock. Mais ce n’est finalement que depuis une poignée d’années que j’ai réellement découvert le cinéma américain des années 50-60.

6 – Ce que tu es le seul à avoir vu dans Fenêtre sur Cour ?
Au tout début du film, lorsque l’on découvre cette grande façade d’immeubles, dans le renfoncement d’une des fenêtres du troisième étage, on peut y voir un jet de flash lumineux. Je pense qu’il doit s’agir d’une ampoule ou d’un spot qui a dû cramer au moment même de la prise de vue. J’aime ce détail, cet imprévu, ce défaut qui nous rappelle l’aspect faux et mensonger du cinéma, et que derrière cette puissance d’illusion, tout soit minutieusement préparé, réglé et construit.

7 – Ce qui a changé pour toi depuis ta participation à Mulhouse 008 ?
Avant j’achetais un crayon à 1€20, maintenant je prends celui à 1€80.

8 – Ce que les autres voient dans tes dessins et tes vidéos (et que tu ne voyais pas) ?
Un aspect tortueux. J’admets l’ambiance sombre et lugubre dans mon travail, mais tortueuse, non.

9 – Ce que les autres ne voient pas dans tes dessins et tes vidéos (et que tu aimerais qu’ils voient) ?
J’aimerais simplement qu’ils voient les films qui m’ont servi à réaliser mes pièces.

10 – Le logiciel qu’il faudrait inventer pour réaliser ton idée la plus folle ?
Une machine à capteur ultra sensoriel capable de donner une matérialisation aux ondes spectrales qui nous entourent.

11 – Peux-tu commenter le visuel que tu as choisi pour illustrer cet entretien ?
Un des derniers plans du film GraphitoScope qui montre le personnage écroulé de fatigue après avoir réalisé la maquette en papier. C’est un moment important du film car le doute s’installe chez le spectateur. Et si tout ce qui a précédé n’était que songe ? C’est également le visuel qui pourrait illustrer la réponse à la question 3. En dessinant je suis comme plongé dans un état de léthargie, comme si je découvrais la forme finale de mes œuvres lors de mon réveil avec les mains noircies de crayon.


par Philippe Schweyer

NOVO/numéro 9/07.2010